European Chicken Commitment : nouvelles normes pour les poulets de chair

Poulet de chair

Articles

27 novembre 2022

Candice Bertrand

Entre nouvelles attentes des consommateurs et pression des ONG engagées en faveur du bien-être animal, la filière avicole évolue, en particulier avec l’European Chicken Commitment. De quoi s’agit-il exactement ? Quelles sont les conséquences pour votre élevage ? Examinons ensemble les grandes lignes de ce programme et leur impact.

 

Sommaire

Qu’est-ce que l’European Chicken Commitment ?

Quel impact pour les éleveurs de poulets de chair ?

Comment s’organise le passage aux normes de l’ECC ?

 

Qu’est-ce que l’European Chicken Commitment ?

L’European Chicken Commitment vise à améliorer les conditions d’élevage et d’abattage des poulets de chair. Déjà signé par de nombreuses enseignes, ce référentiel répond à la demande du marché.

Une démarche en faveur du bien-être des poulets de chair

L’European Chicken Commitment relève de l’initiative d’une trentaine d’ONG européennes, dont Welfarm, L214 et CIWF pour la France. En 2017, celles-ci ont interpellé les enseignes commercialisant la viande de poulet sous toutes ses formes (fraîche, surgelée, transformée) afin qu’elles s’engagent en faveur du mieux-être animal. L’objectif est clairement d’aboutir à un nouveau standard de production du poulet de chair, en le construisant avec l’ensemble des parties prenantes (ONG, experts indépendants, grandes et moyennes surfaces, acteurs de la restauration, éleveurs etc.).

La démarche se caractérise par ailleurs par son caractère global. En effet, l’ECC a vocation à s’appliquer à tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, de l’éleveur de poulet de chair à celui qui commercialise la viande, en passant par l’usine qui transforme et l’abattoir. L’European Chicken Commitment implique ainsi que les acteurs qui s’engagent vérifient que leurs fournisseurs satisfont bien à plusieurs critères, que ce soit en matière d’abattage, de densité maximale et d’enrichissement du milieu.

Une réponse aux nouvelles attentes des consommateurs

La volaille est la première viande consommée dans le monde, et la seconde en France. Ce succès ne semble pas prêt de s’arrêter, puisque l’OCDE prévoit que la consommation devrait continuer à augmenter de 1,5% par an jusqu’en 2027.

Pour autant, les attentes des consommateurs évoluent.

  • En 2012, 73% des français tenaient déjà compte des conditions d’élevage des animaux dans leurs achats.
  • Selon un sondage datant de 2019, 85% des français se disent prêts à manger moins de viande et à l’acheter plus cher si elle provient de produits plus respectueux des animaux.
  • Pour répondre à ces préoccupations, une volaille sur 4 est déjà produite sous cahier des charges (Label Rouge, bio…).
  • L’European Chicken Commitment s’inscrit dans cette tendance : il s’agit de donner accès plus largement à de la viande issue d’élevages contrôlés, celle-ci étant d’ailleurs de meilleure qualité sur le plan nutritionnel.

L’European Chicken Commitment s’inscrit dans cette tendance : il s’agit de donner accès plus largement à de la viande issue d’élevages contrôlés, celle-ci étant d’ailleurs de meilleure qualité sur le plan nutritionnel.

Les leaders de l’agroalimentaire qui se sont engagés

À ce jour, de nombreux groupes se sont engagés à respecter l’ECC d’ici 2026. On trouve notamment :

  • Un producteur de poulet de chair (Loué)
  • Des fabricants (Fleury Michon, Danone, Tipiak, Findus…)
  • Des distributeurs (Carrefour, Leclerc, Lidl, Intermarché, Auchan, Aldi, Cora, Système U…)
  • Des distributeurs spécialisés (Picard, Thiriet…)
  • Des acteurs de la restauration (Courtepaille, KFC, Marie Blachère…).

Il est utile de préciser que l’engagement des acteurs est à géométrie variable, certains s’étant par exemple engagés à ce que les poulets bénéficient d’un accès au plein air ou à un jardin d’hiver, et d’autres non. D’un groupe agroalimentaire à un autre, il existe donc des subtilités en ce qui concerne les engagements pris !

 

Quel impact pour les éleveurs de poulets de chair ?

Les groupes qui s’engagent à respecter l’ECC doivent s’assurer que l’abattage n’implique pas un accrochage des poulets vivants et conscients. En pratique, cela les conduira à travailler avec des abattoirs pratiquant l’étourdissement. Les éleveurs de poulet de chair devront quant à eux respecter toutes les lois et réglementations de l’Union Européenne, ainsi que des exigences supplémentaires.

Les races de poulets de chair acceptées

Une croissance trop rapide des volailles entraîne des problèmes de santé. Le cœur et les poumons ne suivent pas toujours, ce qui cause le syndrome de la mort subite chez les poussins. Les volailles rencontrent aussi des difficultés à se déplacer et souffrent de problèmes de pattes (déformations, boiteries, paralysies…). En 2010, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estimait ainsi qu’environ 30 % des poulets de chair élevés de manière standard présentaient des anomalies aux pattes.

Pour éviter ces phénomènes, l’ECC impose de travailler avec des souches à croissance lente, c’est-à-dire avec des races moins exposées aux dégénérescences. Les éleveurs devraient donc être amenés à privilégier des races comme Hubbard Redbro, Hubbard Norfolk Black, JA757, JACY57, 787, 957 ou 987, Rambler Ranger, Ranger Classic ou encore Ranger Gold.

Les conditions d’élevage des poulets de chair

Lorsqu’elles sont trop serrées, les volailles ne peuvent pas se déplacer ni exprimer leurs comportements naturels (gratter, picorer, étendre leurs ailes…). Dans l’European Chicken Commitment, il est donc prévu que les poulets de chair bénéficient d’une plus grande liberté de mouvement. Cela signifie :

  • l’absence de cages ou de système multi-étapes;
  • moins de poulets au m², avec une densité maximale de 30 kg/m²;
  • le recours limité au détassage.

L’ECC exige de garantir une certaine qualité de l’air et prévoit que les poulets de chair bénéficient de la lumière naturelle, complétée si besoin pour atteindre au moins 50 lux d’intensité lumineuse.

L’enrichissement du milieu

Le bien-être animal passe par la prise en compte des comportements naturels. L’European Chicken Commitment traite de cet aspect en imposant aux fournisseurs de prévoir des sources d’occupation pour leurs volailles. Pour répondre aux exigences de l’ECC, les éleveurs de volaille de chair doivent disposer d’au moins deux mètres de perchoirs utilisables et de deux substrats à picorer pour 1000 oiseaux.

Pour compléter ces installations, les éleveurs pourront aussi miser sur l’intégration dans leur élevage d’un robot avicole. Comme il fait bouger les volailles, cet équipement contribue à leur bien-être physique et mental en améliorant leurs comportements.

 

Comment s’organise le passage aux normes de l’ECC ?

À l’évidence, l’ECC constitue une petite révolution dans la filière volailles, sachant que les engagements pris doivent être tenus à l’horizon 2026. La transition vers les nouvelles normes commence déjà à s’organiser.

Le Pacte ANVOL Ambition 2015

ANVOL, l’interprofession volaille de chair qui réunit une vingtaine d’organisations représentatives de tous les maillons de la filière (de l'accouvage jusqu’à la distribution et la restauration) a d’ores et déjà pris des engagements volontaires, notamment sur les points suivants :

  • un accès à la lumière naturelle pour 50% des volailles, avec 20% des animaux élevés dans des systèmes avec parcours extérieur et 30% dans des poulaillers avec fenêtres ;
  • une réduction supplémentaire de l’utilisation des antibiotiques ;
  • le maintien des exploitations à taille humaine (en moyenne, deux poulaillers et 40 000 volailles).

Deux applications ont été développées pour que les organisations de production puissent évaluer et accompagner les éleveurs. L’application EVA permet un audit complet, en portant sur de nombreux sujets (bien-être des volailles, biosécurité, droit du travail, environnement…) tandis que l’application EBENE concerne uniquement le bien-être animal.

La place des éleveurs de poulets de chair

Les acteurs de l’agroalimentaire ont réagi de deux façons face à l’ECC. Certains avancent sur le sujet en associant les éleveurs. C’est ce que font les grandes et moyennes surfaces en ce qui concerne leurs propres marques. En revanche, d’autres, comme c’est majoritairement le cas dans la restauration collective, fonctionnent par appel d’offres.

Dans les deux cas, les éleveurs devront manifestement s’adapter et investir, par exemple pour installer des fenêtres dans les bâtiments, construire un espace extérieur ou encore enrichir l’environnement de leurs volailles.

La question du prix de la volaille

Moins de poulets au m², c’est moins de productivité ! De façon certaine, l’European Chicken Commitment pose des questions d’ordre économique. François Cadudal, économiste à l’ITAVI a expliqué, à l’occasion du SPACE 2021, que l’ECC était pour l’instant inadapté économiquement pour deux types de produits : les premiers prix en grandes et moyennes surfaces, ainsi que la matière première destinée à la transformation.

L’ANVOL a quant à elle pointé la difficulté dans un communiqué de presse : « La démarche ECC viendra compléter la segmentation déjà proposée par la Filière, volailles standards, CPP, Label Rouge et Bio. De fait, cette démarche ECC viendra s’inscrire entre la production standard et les SIQO (Signe d’Identification de l’Origine et de la Qualité). Les estimations effectuées par l’ITAVI montrent que le surcoût de l’ECC par rapport à une production standard s’élève aujourd’hui à 27% pour le poulet sortie élevage. Compte tenu de la spécificité des souches intermédiaires (moins de rendement en viande), ce surcoût est évalué à 40% à la sortie abattoir sous réserve de valoriser l’ensemble des morceaux en ECC. Dans le cas où seul le filet est valorisé en ECC, ce surcoût grimpe à 59%. Ces coûts sont évalués sur la base des données 2019. »

Si l’ECC suscite encore bien des questions, il amorce un changement de modèle en ce qui concerne les élevages de poulets de chair. Si vous souhaitez en savoir plus sur la thématique du bien-être des volailles, lisez également notre article « Comportements des volailles : les solutions à adopter à partir d’études récentes »

Photo de

Candice Bertrand

Agricultural Engineer

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